Par Daphlanote
Publié dans : Nouvelle
Samedi 12 janvier 2008
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11:51
Immuable. J’observe mon reflet dans les flots troublés par des vaguelettes intempestives.
La rambarde : un mètre cinquante, noire, inclinée - pliée de force par la gravité. Les pierres descellées à son pied. La mousse dans les interstices des larges pierres grises.
Mes yeux se noient dans l’eau. Verte. Imperméable. Aux émotions. Aux désirs et aux passions. Tout ce que j’ignore. Le lendemain est gris d'incertitudes et de soumission.
Le liquide est froid. Moins deux degrés Celsius : température ambiante.
Y survivrai-je ?
Le contact de l’eau sur ma peau.
L’anesthésie se fait sentir, douloureuse. Chaque muscle, de moins en moins réactif.
Mes jambes qui brassent, inutilement. Ralentissement.
Ma tête, bientôt sous le niveau de l’eau.
Les lèvres entrouvertes. Avale de l’eau. Sans air.
Puis… Comme pour tousser. Évacuer l’eau de mes poumons.
[Je m’étrangle. Peu à peu.]
Et puis. Enfin. Je dors.
**
Réveil. J’ai froid.
L’air est glacé. Le monde bourdonne. J’agrippe la couverture – posée sur moi - avec le bout de quatre de mes doigts. Mes jointures blanchissent. Je tremble.
Les jambes comme gelées. Immobiles dans une gangue de glace.
Le visage crispé. Je claque des dents. Mordant de temps à autre mes lèvres, abîmées.
Mes muscles. Endoloris. Ils m’enferment. J’ai peur. Je m’affole. Paralysée. Sais-je encore parler ? J’ai l’impression que ma gorge est en feu. Mes cordes vocales, comme du plomb dans l’estomac,
sur le fond de ma langue.
Une porte s’ouvre. Des voix un peu indistinctes parlent, commentant mes yeux ouverts et mon visage terrifié.
Une main vérifie le baxter et les tuyaux reliés à mon bras, attaché en hauteur, sur une patère tout contre le lit d’hôpital.
Puis repartent. Sans précaution ni question. Ils font leur travail. Comme tout le monde.
Assis sur un siège. Devant un bureau. Un homme entre-deux âges, des lunettes sur le bout du nez, le regard posé sur moi.
J’ai les mains sagement croisées. Posées sur mes genoux.
- Qu’avez-vous fait, mademoiselle ?
- J’ai sauté dans l’eau. Je voulais me noyer.
- Vraiment ?
- Oui.
- Et… Pourquoi donc ?
- Parce que.
- Mais... encore ?
- Parce que j’en avais envie.
- Et pourquoi en aviez-vous donc envie ?
Silence obstiné.
Il soupire. Un peu. Tente de ne pas lever les yeux au ciel, comme le prenant à témoin pour ses efforts.
Quelques minutes plus tard, je me lève, repars vers ma chambre. Le rendez-vous est terminé. Pas envie d’aller jusqu’au fumoir.
Un mois plus tard. Nouvelle ville. Nouveau fleuve. Et. Nouvelle chute. Se rater une bonne fois pour toute, peut-être… ?